Aller et venir!

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Au cours de l’évolution de la maladie, et à plusieurs stades, se pose immanquablement la question de l’autonomie de mouvement et de déplacement dont le malade peut bénéficier.
L’existence de repères familiers, même à des stades plus évolués, est un élément déterminant de la réponse (aller chercher du pain à la boulangerie habituelle, participer à la vie d’un laboratoire de recherche…).

Cette notion justifie parmi d’autres l’intérêt de protéger ces repères de référence et constitue un des arguments en faveur du maintien à domicile. Pourtant plus tard le risque de « fugue » est un risque de tous les instants, source d’angoisse permanente pour l’aidant dont la surveillance doit être vraiment constante.

Bien sûr, les conséquences de ces errances ne sont pas de la même gravité en milieu rural qu’en milieu urbain mais souvent ces situations contribuent fortement à ce que l’entourage finisse par se résoudre à confier son parent à une institution.

En institution, la liberté d’aller et venir reste un objectif à respecter et à protéger même si l’organisation architecturale doit s’y adapter. Cette liberté de déambulation est essentielle à l’équilibre du malade pour maintenir son potentiel musculaire, son équilibre nutritionnel et contribue à prévenir les troubles psycho-comportementaux.
Cette liberté nécessaire conduit la majorité des professionnels à exprimer leur réticence vis à vis de toute forme de contention physique ou médicamenteuse. Bien sûr, il est des cas où celles ci peuvent paraître à juste titre comme inévitables mais cela ne peut être qu’exceptionnel et constituer une prescription médicale attentivement suivie et réévaluée pour éviter toute forme d’immobilisation prolongée et indue.
A propos de la liberté d’aller et venir, on ne peut éviter d’aborder les problèmes posés par la conduite automobile de ces malades. Dans l’ensemble les plus de 65 ans ont plus d’accidents qu’entre 30 et 60 ans mais ces accidents sont en moyenne de moindre gravité.
L’augmentation des accidents chez les personnes âgées peut être attribuée à une diminution des capacités de conduite liée à l’âge mais aussi à de nombreuses pathologies dont la maladie d’Alzheimer.

Trente à 50 % des patients déments ont un accident dans les années qui suivent le diagnostic, 80 % continuent de conduire et 20 % au moins ont à nouveau un accident. Ils deviennent dangereux pour eux-mêmes et pour les autres conducteurs et piétons. Inversement, d’autres patients gardent pendant des années une bonne aptitude à la conduite surtout dans les formes légères de la maladie. Par ailleurs, la conduite est un facteur de socialisation des personnes âgées voire leur dernière source de liberté et d’autonomie.

Mais diagnostiquer l’incapacité à la conduite des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer nécessite des tests spécifiques et fiables et impose une procédure précise.
En effet il est difficile de déterminer qui doit déclarer ou dénoncer la personne qui ne semble plus apte à conduire.
En dehors des suites d’un accident, aucun examen médical ni aucune réglementation ne sont prévues pour le renouvellement du permis de conduire lorsque une personne est atteinte d’une pathologie pouvant compromettre son aptitude à la conduite.
Certe l’attention de l’administration préfectorale peut être attirée par un courrier émanent d’un médecin, d’un proche ou encore anonyme mais les uns et les autres répugnent souvent à ce qui leur apparaît comme une dénonciation. Les familles, à travers France Alzheimer ainsi que de nombreux médecins sont demandeurs d’une réglementation sur le sujet.

Deux solutions sont possibles :

  • rendre obligatoire la déclaration d’une maladie compromettant la capacité à la conduite ou
  • mettre en place une visite médicale obligatoire à partir des 65 ans.
Dans tous les cas, l’évaluation de la capacité à conduire chez une personne âgée et en particulier chez une personne atteinte de démence est délicate et doit se faire par un spécialiste car de nombreuses années après les premiers signes de démence, une personne peut garder ses capacités à conduire un véhicule automobile, facteur important pour le maintien à domicile et la socialisation.

J.-F. GIRARD , Conseiller d’Etat
Ana CANESTRI , Interne de Santé publique
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